QUATUOR HERMÈS 15 Cela se termine par une valse aux accents presque décadents. Sans être aussi désespérée, elle pourrait rappeler celle de Ravel qui, elle aussi, figure la fin d’une époque insouciante. C’est une valse complètement déchainée, qui, à l’image de celle de Ravel, semble échapper à tout contrôle et donne le sentiment d’une fuite en avant. Korngold exprime ici la nostalgie d’un monde où tout était plus léger. Il faut rappeler qu’en cette année 1933 le compositeur se sentait menacé par la montée du nazisme et s’apprêtait à prendre le chemin de l’exil. Il témoigne, cependant, d’une incroyable énergie, allant jusqu’à indiquer sur la partition des tempi d’une rapidité extrême, les rendant presque injouables. On imagine alors des couples de danseurs tourbillonnant avec frénésie, comme pour oublier que l’Europe est sur le point de vaciller. Chostakovitch faisait de même, masquant la tragédie par la brillance en suggérant des tempi tout aussi débridés. Nous avons cependant fait le choix de les modérer afin, justement, de laisser transparaître la profondeur dramatique de cette œuvre.
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